les stratégies de défenses au travail

Le travailleur vit en permanence sous la menace du licenciement, de l’exclusion et/ou du problème de santé : sa situation est fragile, précaire. Cette menace est utilisée par les services de management pour exiger plus en utilisant la peur que le travailleur éprouve de voir ces menaces se traduire dans la réalité. Le travailleur va alors chercher un moyen de se défendre, de se protéger vis-à-vis de la souffrance qu’il ressent. Il va alors développer des stratégies de défense.

Des stratégies peuvent impliqués une coopération, elles peuvent être construite collectivement, spécifique à chaque situation de travail – elles permettent d’anesthésié une certaine forme de souffrance.

Ces stratégies collectives de défense sont intentionnelles mais inconsciente, ne modifient pas le risque, agissent dans l’ordre d’une maîtrise symbolique du danger, constituent un ensemble de conduites qui semblent disparates.

Dans toutes ces stratégies, on va dans le déni de la réalité ; on ne voit pas ce que l’on devrait voir. On va vers un rétrécissement de la pensée, une diminuition de la conscience et un engourdissement de son sens moral ; tout cela pour moins souffrir.Cela reste un problème parce que la souffrance est le point de départ de l’intelligence.

pause-déjeuner des ouvriers sur une poutre

La plus courante : la stratégie du jeu dangereux :

Pour aller à l’encontre de ces peurs, on peut avoir des comportements dangereux de dénie du risque ; ce qu’on appelle les jeux dangereux.

Le jeu dangereux permet de réaffirmer concrètement les valeurs de courage, c’est une façon de maîtriser la peur en prenant le dessus ; on montre une certaine habileté face au danger, ce qui donne du plaisir à le montrer aux autres. Ces jeux dangereux peuvent faire partie de rituel d’initiation à l’accueil d’une nouvelle recrue dans le groupe de travail.
L’avantage de ces jeux est qu’il y a moins de souffrance par rapport à la peur.

 

Autres systèmes de défense connus :

  • Cynisme viril :
    c’est le droit de faire souffrir quelqu’un sur le lieu de travail au nom de la virilité et le bien de l’entreprise.
    Le cynisme viril serait par exemple :
    * un bon licencieur ; je fais souffrir l’autre pour le bien de lentreprise
    *un bon commercial qui réussirait à vendre une piscine à une personne sans le sous
    Le cynisme viril va à l’encontre de la prise en compte de la santé, le sujet est tabou, voir insultant.

  • Humour et autodérision :
    Dans les collectifs féminisés des métiers du soin, la vulnérabilité et la souffrance ne sont pas niées, mais elles sont élaborées défensivement à travers des techniques narratives centrées sur  des  histoires  concrètes  et  maniant  l’autodérision.

  • Idéologie défensive du réalisme économique :
    On a recourt à la science pour justifier du bien-fondé des conduites – il faut être réaliste –reconnaître le système économique.  Les sciences économiques sont plus forte que tout – pour cela il faut se serrer la ceinture (supprimer des postes).

  • Incrédulité candide :
    Le chef a dit : « c’est comme ça » DONC je fais comme ça.
    Cette stratégie de défense est basée sur un renoncement à comprendre de la part de l’opérateur.

  • Oeillères volontaires :
    On se saoule de travail pour ne pas penser. On concentre sa pensée sur la dimension instrumentale de travail. On est sur la rationalité cognitive instrumentale. Pour cela, on ne va plus boire de café avec les autres ; on contourne le vivre-ensemble.

  • Infaillibilité de la science et de la technique :
    On est dans l’illusion de la maîtrise totale du monde par les systèmes technique et scientifiques. Grâce aux robots, on devient plus fort, s’il y a un pb forcément un humain a fait l’erreur ; on surévalue le risque lié au facteur humain.

  • Imaginaire du champion
    On va être dans la performance professionnel comme une performance sportive.
    on est dans le déni de sa propre vulnérabilité, on met la compétition en valeur surtout dans le milieu commercial et bancaire (stage de rafting, saut à l’élastique, ..)

Les stratégies de défense qui reposent sur l’alcoolisation  :

L’alcool  est  un médicament  qui  s’ignore. Les anxiolytiques sont beaucoup moins conviviaux et annoncent  clairement ce  qu’ils  traitent. L’alcool  rend plus  sûr de  soi.   L’alcoolisation  joue  un  rôle important   dans  les   stratégies   collectives  de défense contre la peur.