Vivre en maison de retraite

Le monde des maisons de retraite est mal connu, les représentations sociales ont tendances à faire des personnes hébergées dans ces établissements soit des vieillards isolés et démunis, soit des individus placés en raison de handicaps lourds.

3 types de résidents en maisons de retraite :

Quand pour les uns, l’entrée en institution a été un choc car précipitée et inévitable, pour d’autres elle est au contraire un acte réfléchi, choisi et organisé.

Les personnes qui y trouvent leur équilibre :

Les résidents qui parviennent à trouver un équilibre grâce à l’institution, sont souvent des résidents qui sont entrés dans l’urgence, parfois directement depuis un hôpital ou une maison de repos ; cette entrée est alors synonyme de la fin d’une vie difficile et précaire.

Dans ce cas, la personne coopère, elle accepte l’institutionnalisation et en est même généralement à l’origine. La personne arrive avec une simple valise, sa chambre est meublée de façon impersonnelle et fonctionnelle. La personne âgée montre là un réel désir de commencer une nouvelle vie.

En matière d’aménagement intérieur de la chambre, ces personnes s’approprient les meubles et bibelots, récupérés dans l’institution. On range près du lit dans un coin les objets les plus personnels (la photo du conjoint disparu par exemple) et dans les espaces plus ouverts tout ce qui touche à la vie publique.

Les personnes qui y mènent leur vie personnelle :

Souvent ces personnes auraient très bien pu continuer à vivre chez elles, elles ne souffrent généralement pas de maladie ou de handicap grave, elles sont en assez bonne santé et valides. De ce fait, leur décision est presque systématiquement incomprise par la famille.

Ces personnes prévoyantes préparent avec soin leur entrée en institution en visitant de nombreux établissements, en testant durant des périodes d’essai de quelques semaines.

Le passage d’un monde (l’ancien) à l’autre (le nouveau) se fait en douceur, presque naturellement. La nouvelle vie est construite sur les fondations de la vie passée. Ainsi, l’aménagement de la chambre est capital, il est le liant entre l’ancienne et la nouvelle vie. Une partie des anciens meubles est importée, ils constituent les repères bienveillants adoucissant le début de cette nouvelle vie. 

Lorsque la personne est bien ancrée à sa nouvelle vie, qu’elle y a établi de nouveaux repères, alors, peu à peu,  l’espace entre le dehors et le dedans de l’institution s’efface. Les bouffées d’air hors institution deviennent moins vitales, la famille moins essentielle. Les moments avec la famille se transforment en de simples temps de retrouvailles.

une personnes déambule dans les couloirs de l'institution.

Les personnes qui refusent d'y vivre :

Ces résidents n’ont pas choisi de vivre en institution et en plus refusent d’y vivre. Ces mises en institution forcées découlent de la fatigue ou de la mort des proches, d’un éloignement géographique ou encore l’apparition ou l’aggravation du handicap chez le résident.

Ces bouleversements sont vécus comme une violence par la personne, la rapidité, l’irréversibilité de la situation ne font qu’augmenter la mauvaise impression que ces gens ont de l’institution.

Leur chambre est aménagée rapidement sans les interroger sur leurs besoins et leurs souhaits. Dans ces conditions, la plupart d’entre eux sont confronté à un choc insurmontable, ils ont la sensation d’avoir perdu toute maîtrise de leur vie.

De plus, ces personnes ne choisissent pas le lieu géographique où elles vont vivre, elles sont conduites vers les institutions disposant de places. Les enfants pour choisir le lieu optent pour la proximité de leur domicile plutôt que la proximité de l’ancien domicile du parent. Ils privilégient leur devoir (rendre visite régulièrement) aux souhaits et désirs du parent.